Homélie du dimanche 16 novembre 2025, 33ème TO C, un job alimentaire

Le 12 novembre, dans le Tarn, le père Cormary, curé de Brassac, a publié son CV accompagné d'un curieux message sur son compte Instagram. "Âgé de 53 ans, prêtre depuis 26 ans, je recherche pour 2027 un job alimentaire dans le milieu associatif, dans le relationnel, ou dans un travail saisonnier agricole.

On pourrait se dire que c’est là comme une réponse à l’exhortation de St Paul aux Thessaloniciens et tout spécialement à leurs pasteurs et anciens (prêtres en grec) : 

dans la peine et la fatigue, nuit et jour,
nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous.

 

Cependant St Paul lui-même reconnaît qu’il est légitime que ceux qui consacrent leur vie au service de la Bonne Nouvelle puissent en vivre :

nous avons le droit d’être à charge,

A condition bien sûr de se consacrer vraiment à son ministère, peut-être pas comme à un travail ordinaire mais comme à une véritable profession : avec sérieux, professionnalisme, véritable investissement personnel. Mais attention ici à ne pas trop comparer les uns et les autres dans ce que l’on peut percevoir extérieurement de leur investissement au service de la Mission : tout le monde n’a pas le même rythme de vie, les mêmes besoins et les mêmes capacités… et c’est très bien ainsi, que ce soit dans le ministère consacré ou les ministères laïcs, en particulier les engagements dans le bénévolat sous diverses formes de chacun d’entre vous.

Avant que d’être prêtre, j’ai enseigné quelques temps et j’aurais bien aimé pouvoir assumer les deux : j’y voyais en particulier un bon moyen pour ne pas être trop déconnecter de la « vie réelle ». Il y a 20 ans, Mgr Pontier m’a fait comprendre que, faute de prêtres, on payait des laïcs pour faire leur travail ; il préférait donc avoir des prêtres à temps complets.

La situation a quelque peu changé, que ce soit dans notre diocèse ou celui du père Cormary.

Pour faire des économies, on a licencié déjà la plupart des salariés laïcs travaillant dans la catéchèse et l’animation pastorale entre autres. On en ressent pastoralement cruellement le manque.

Cependant, le nombre de donateurs au Denier de l’église ne cessant de diminuer (+ /- chute de moitié en 10 ans), la question du traitement des prêtres se pose de plus en plus.

C’est pour alerter ses paroissiens sur ce problème que le père Cormary, dans un geste prophétique, à déposer publiquement en ligne son CV en pour un job alimentaire.

 

Il y a là matière à réflexion. Que voulons-nous ? des prêtres véritablement au service de la Mission ou des prêtres disponibles uniquement sur leur temps libre et leurs  RTT pour célébrer de temps en temps la messe et la messe seulement…

En vérité, notre réponse dépendra beaucoup de notre relation au Christ et aux sacrements de l’Eglise : si notre pratique de foi se limite à la seule messe dominicale (chrétien 1 heure par semaine), alors on risque de penser aussi que les prêtres ne « travaillent » que 2-3 heures par semaine. Ce qui ne mériterait certainement pas qu’on les paye à plein temps.

Je vous assure que nous travaillons un peu pus que cela et pas trop en perdant du temps en réunionnite…

 

si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. (dit Paul à une autre époque)

 

Prions pour tous ceux qui voudraient travailler et ne le peuvent pas.

Prions pour tous ceux qui travaillent et n’arrivent pas à en vivre décemment.

Prions pour ceux qui ont travaillé toute leur vie et ont bien mérité un peu de repos.

Prions pour tous ceux qui par leur travail font aussi vivre ceux qui en sont exclus.

Prions pour ceux qui ont renoncé à un travail lucratif pour se consacrer aux travaux de la Moisson du Seigneur et prions pour tous ceux qui leur donnent de quoi en vivre dignement. Merci à vous tous, frères et sœurs.