Homélie du dimanche 14 décembre 2025, 3ème de l’Avent, libère les prisonniers

   « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »

 

Comment comprendre cette interrogation de JB, doute-il finalement de Jésus alors qu’il l’a lui-même désigné comme l’Agneau de Dieu à l’occasion de son baptême (selon Jn) ?

Regardons la réponse de Jésus.

« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez :
    Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
    Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »

 

Cette réponse est un mélange de citation d’Isaïe en particulier du passage entendu en 1ère lecture en Is 35

    Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds.
    Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie.
    Ceux qu’a libérés le Seigneur reviennent, ils entrent dans Sion avec des cris de fête,

 

Cependant si on compare bien les deux passages on constate une absence d’importance dans la reprise de Jésus : aucune référence à la libération ! alors même que JB est lui-même en prison.

Certes, me direz-vous, Is 35, fait référence non pas aux prisonniers mais aux déportés en exil à Babylone.

Ok. Mais si on regarde cette fois Is 61, le prophète y parle explicitement semble-t-il de la libération de véritables prisonniers

Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération,

 

Or Jésus fait l’ellipse de cette référence à la libération des prisonniers.

Cela nous en dit beaucoup à la fois ce que JB attendait du messie et  sur la réelle mission de Jésus.

JB est en prison. Il ne l’a pas fui mais il préfèrerait être ailleurs, être libre.

JB est en prison parce que sa foi l’a amené à dénoncer les comportements du roi contraires à la morale, contraires à la dignité humaine, indignes d’un juif et plus encore de leur roi. Pour JB, la fonction royale a une dimension sacrée et doit donc manifester une certaine exemplarité. Pour JB le roi a une dimension messianique.

 

Or JB a cru reconnaître en Jésus le Messie, le vrai, l’envoyé de Dieu.

Mais pour JB, de même que le roi a une dimension messianique, de même pour lui, le Messie a forcément une dimension royale.

JB attend du Messie qu’il inaugure le règne de Dieu, qu’il installe le Royaume de Dieu ici et maintenant, de manière concrète en particulier en chassant les romains et leurs marionnettes, et en libérant les prisonniers politiques, autrement dit en le libérant lui JB de sa prison !

 

En cela l’espérance messianique de JB est  conforme à celle de tous les juifs.

JB n’est pas chrétien…

Jésus va à la fois revendiquer le titre de Messie et s’en défendre farouchement : il est le Messie, le Christ, l’Oint de Dieu envoyé par lui pour inaugurer son règne.

Mais non seulement son règne n’a rien de politique et de mondain, son royaume n’est pas de ce monde ; mais encore la nature même de son être messianique dépasse les plus folles attentes d’Israël : il n’est pas simplement un homme élu et envoyé par Dieu, il est Dieu fait homme. Son salut n’est pas pour cette vie seulement, il nous apporte le salut éternel, la libération définitive face à la mort et au péché.

 

Jésus ne vient pas vider les prisons. Il ne prendra pas le pouvoir et n’élargira donc pas JB qui mourra bel et bien en prison.

 

 Jésus tout à la fois déçoit et dépasse fondamentalement l’espérance des juifs. La plupart le rejetteront.

Quant à ceux qui savent l’accueillir, juifs ou non d’origine, ils deviennent comme d’autres Christ, des chrétiens.  

La tradition nous a donné quelques prières délicates à exprimer liturgiquement du genre

« libère les prisonniers »

De fait on complète généralement cette formulation par trop sibylline soit de manière spirituelle « libère nous du mal » « libère les prisonniers du péché » ; soit de manière morale « libère ceux que sont injustement condamnés » ; soit en priant simplement pour la conversion des prisonniers ou des conditions de détention dignes…

Mais ne nous y trompons pas : l’important ici n’est pas la nature de l’emprisonnement mais la liberté donnée !

 

Ga 5.1 C'est pour que nous restions libres que le Christ nous a libérés