Homélie du dimanche 15 mars 2026, 4ème de Carême A, péché d’aveuglement

On amène à Jésus un aveugle de naissance, quelqu’un d’aveugle depuis le commencement, depuis les origines ; et on fait comme naturellement un lien entre sa cécité et le péché tout en en recherchant l’origine : lui ou ses parents ?

Le lien entre malheur et péché peut nous sembler aujourd’hui dépassé. Et pourtant…

Qui n’a jamais dit ou entendu des paroles du genre : qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour mériter çà ?

 

Rien !

Notre Dieu n’envoie pas le malheur ; il ne sait que bénir et il le fait même sans discrimination, il fait pleuvoir (symbole ultime de bénédiction dans un pays dépendant des pluies) sur les bons comme sur les méchants.

 

Quant au mal, il faudrait ici sans doute distinguer le mal accidentel ou naturel qui frappe indifféremment et sans nul besoin d’une cause formelle autrement dit d’un auteur ;

et le mal induit par notre péché : certains de nos comportements ne sont pas sont conséquences que ce soit sur nous même ou sur les autres parfois totalement innocents.    

Il ne faut pas confondre ces 2 formes de malheurs même si la 2nde peut aggraver la 1ère.

Ainsi, certains de nos comportements et choix de société aggravent les conséquences des dérèglements naturels : construire n’importe où ou n’importe comment, mal se nourrir, polluer la planète etc.  

Mais ce n’est pas parce que nos actes ont des conséquences parfois dramatiques que tous les malheurs auraient pour autant un auteur, une source personnalisable. Cette mentalité magique ne pourrait que pervertir la sainteté d’un Dieu bon ou donner trop de pouvoir au démon.

 

Ne cherchons pas un auteur au mal naturel mais accueillons la grâce divine pour en faire, malgré tout, une occasion de salut.

« Ni lui, ni ses parents n’ont péché.

Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.

Jésus va symboliquement détruire le lien entre mal naturel et péché en renvoyant l’aveugle de naissance aux origines pré-peccamineuses de l’humanité.

Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ;
puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle,

 

Cette boue nous renvoie au récit de la création de l’humain en Gn 2.7

Dieu modela l'homme avec la glaise du sol,

il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l'homme devint un être vivant

Le péché n’apparaîtra « accidentellement » que plus loin dans l’histoire de l’humanité.

 

Quant au bain à la piscine de Siloé, comment ne pas y voir une allusion au futur baptême chrétien lui qui efface en l’impétrant toutes les conséquences du péché des origines.

A noter que nous sommes à la sortie du Temple et que Jésus est par ailleurs présenté lui-même comme étant le vrai Temple.

Or dans le Temple de Jérusalem, aujourd’hui sous le dôme du Rocher, se trouve un rocher qui selon des légendes juives seraient à la fois le rocher de la création (sur lequel Dieu se serait assis pour modeler l’Adam) ; le rocher de la ligature et du sacrifice d’Isaac par Abraham (la localisation du mont Horeb ayant beaucoup variée) ; et le rocher don jaillissait l’eau vive et accompagnant le peuple hébreu au désert à la sortie d’Egypte…. Source d’eau vive ambulante identifiée au Christ par les pères de l’Eglise.

  

Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »

 

La lumière existe que nous la voyons ou non, que nous ayons les yeux ouverts ou non.

Demandons au Seigneur la grâce de ne pas nous laisser aveugler par les malheurs ou par le mal, de nous préserver du péché d’aveuglement.

Pâques est pour bientôt, victoire absolue et définitive du bien sur la mal, de la lumière sur les ténèbres, de la vie sur la mort.

Notre Pâques est pour bientôt et nous pouvons déjà nous en réjouir : laetere [.]  gaudete cum laetitia !