Homélie du dimanche 22 mars 2026, 5ème de Carême A, Déliez-le

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes,
le visage enveloppé d’un suaire.
Un jour que nous étions à la messe en famille, mon petit frère a éclaté de rire en écoutant ce récit ; on lui a bien sûr demandé le pourquoi de son hilarité déplacée :

Il nous a dit avoir essayé d’imaginer la scène et avoir visualisé Lazare sortant du tombeau en sautant à pieds joints puisque totalement ficelé dans ses bandelettes.

 

A noter que les films voilent généralement la difficulté dans une brume mystérieuse…

Que c’est-il vraiment passé ? et quel sens en déduire ?

Malgré l’influence égyptienne et le souvenir du long séjour du peuple hébreu en Egypte, , les morts en Israël n’étaient pas momifiés. Ils étaient certes lavés et oints ou embaumés  mais pas « thanatopraxiés » à l’Egyptienne. Ils n’étaient pas non plus enroulés dans des couches et des couches de bandelettes : ils étaient simplement mis dans un linceul, avec parfois un voile supplémentaire pour le visage, le tout étant maintenu fermement par quelques bandelettes liant, les mains, les pieds et l’ensemble…

 

Résurrection de Lazare :

Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire.
Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Lazare revient à sa vie d’avant. Pas de changement.

Sa résurrection d’entre les morts, pour spectaculaire qu’elle soit puisque ayant lieu 4 jours après son décès, comme celle de la fille de Jaïre, et comme celle accomplie autrefois par le prophète Elie, n’est qu’un retour à la vie, à la vie humaine ordinaire, passible et mortelle.

Lazare est remort ! (néologisme)

A noter que la résurrection d’entre les morts telle que rêvée et promises par les musulmans ou les témoins de Jéhova, à l’exclusion de la passivité et de la mortalité, ressemble physiquement à la résurrection charnelle limitée de Lazare.

La résurrection de Jésus et par suite la nôtre est d’un autre ordre.

Le matin de Pâques, le tombeau de Jésus est vide ! Enfin, presque vide…

 

Jn 20 [6] Arrive, à son tour, Simon-Pierre qui le suivait ; il entre dans le tombeau et considère les bandelettes posées là  [7] et le linge qui avait recouvert la tête ; celui-ci n'avait pas été déposé avec les bandelettes, mais il était roulé à part, dans un autre endroit

 

Lc 24 [12] Pierre cependant partit et courut au tombeau ; en se penchant, il ne vit que les bandelettes

 

L’insistance sur les linges et bandelettes ne sert pas seulement à discréditer la futur thèse de l’enlèvement du corps de Jésus par ses disciples ; la présence des bandelettes proclame le caractère maintenant délié de Jésus, il est libre !

Il n’est plus prisonnier des règles de la nature, il n’est plus limité par son corps de chair mais il n’est pas pour autant un pur esprit évanescent puisqu’il est ressucité avec son corps !

Il est rétablit dans sa condition divine tout en restant pleinement humain.  

Accueillir en nous la vie divine, que ce soit par delà la mort ou déjà dans notre vie présente, ne signifie pas renier notre humanité bien au contraire !

Pas d’autre voie de sanctification que celle de notre humanité : puisque Dieu s’est fait homme c’est en étant pleinement humain que nous nous laisserons diviniser par Dieu. Créés à l’image de Dieu, nous serons enfin totalement humains lorsqu’au ciel nous lui serons semblables.

Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples :
« Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

N’oublions jamais le « avec lui » ! c’est ce « avec lui » qui donne sens à nos souffrances et à nos joies ! à notre vie, à notre mort et à la vie éternelle avec Dieu. .  « Par lui, avec Lui et en Lui »