Homélie du dimanche 7 juin 2026, St Sacrement, quel sacrement ?

Quel humour a notre Église !!!

De même que pour le jeudi saint, commémoration de l’institution de l’eucharistie, l’Evangile retenu est celui du Lavement des pieds chez St Jean

De même en ce jour du de la fête du St Sacrement du corps et du sang du Christ, elle nous propose pour Evangile un extrait du discours du pain de vie, toujours chez St Jean…

Or aucun de ces 2 textes, Lavement des pieds et Discours du pain de vie, ne fait référence explicite à l’eucharistie.  

En réalité, la fête d’aujourd’hui n’est peut-être qu’indirectement celle de l’eucharistie.

Si vous regardez sur AELF, la fête d’aujourd’hui est désignée comme celle du « Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ », corps et sang étant écrits sans majuscule !

Le sacrement saint part excellence c’est le sacrement de l’incarnation du Fils de Dieu : Parole de Dieu véritablement efficace en laquelle Dieu se donne et nous donne toute grâce.

Jésus selon St Jean, nous demande de manger et de boire sa chair et son sang sans référence en apparence à l’eucharistie puisque St Jean ignore ou plus probablement tait volontairement la Cène de Jésus.

En vérité, de même que Jésus se présente comme « le pain vivant descendu du ciel » pour signifier à la fois en origine divine, la réalité de son incarnation et son but vivifiant pour nous,

de même, son insistance sur la consommation de sa chair et de son sang est un appel à prendre véritablement part, chair et sang, à son être, sa vie, sa mission, dans le concret de nos existences charnelles : prendre notre part de sa mission et de sa croix pour avoir finalement part à sa vie divine.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ;
et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

Le vocabulaire johannique est on ne peut plus concret : le terme grec pour « manger » est ici « phagein » « fagein » , mot que l’on retrouve par exemple en français dans « anthropophage ».

 

Je choisis exprès ce mot car c’est bien ainsi que le discours de Jésus va être d’abord entendu et mal compris, comme une invitation à l’anthropophagie :

[60] Après l'avoir entendu, beaucoup de ses disciples dirent : "Elle est dure, cette parole ! Qui peut l'écouter ?"[61] Mais, sachant en lui-même que ses disciples murmuraient à ce propos, Jésus leur dit : "Cela vous scandalise ?

[66] Dès lors, beaucoup de ses disciples se retirèrent, et ils n'allaient plus avec lui.

Au cours de son dernier repas, Jésus nous a laissé par avance le mémorial de sa passion-résurrection, en se donnant à nous à jamais sous l’apparence du pain et du vin eucharistiés.

L’eucharistie est la plus parfaite expression sacramentelle du don que Jésus a fait de lui-même pour nous sauver : c’est le St Sacrement.  

Le verbe « phagien » apparait aussi dans le récit matthéen de l’institution de l’eucharistie,

Mt 26.26 "Prenez, mangez, ceci est mon corps."  Fagete

Cependant, les 1ers chrétiens ayant été accusés de cannibalisme, d’anthropophagie, Mc, Lc et Paul évitent d’utiliser le verbe « phagien ».  

 

1Co 11.24 "Ceci est mon corps, qui est pour vous;     { élision du verbe }

[26]Chaque fois en effet que vous mangez esqihte    ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

Le vocabulaire utilisé en grec pour en parler chez Paul est « estio » , esqiw  , mot que l’on retrouve par exemple en français dans « comestible ». (c’est plus facile à digérer)

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ;

Il ne s’agit pas de la seule consommation du pain et du vin eucharistiés : la communion n’est pas un rite magique de salut.   

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ;

Autrement dit qui vit pleinement son incorporation au Corps du Christ participe déjà de sa résurrection.

Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ;

Il ne s’agit pas de la seule consommation du pain et du vin eucharistiés, communion qui si elle n‘est en union au Corps du Christ peut au contraire être occasion de perdition.

 

1Co 11 [28]Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe; [29]car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s'il ne discerne le Corps.

 

Que l’Esprit saint ouvre nos yeux et nos cœurs à ce beau sacrement pour en vivre vraiment.