Homélie du dimanche 9 août 2023, 19ème TO A, lire entre les lignes

Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.

 

Comme toujours avec les textes bibliques, on peut légitimement les lire de différentes manières sauf

·          à le faire de bêtement littéraire : « ça c’est passé comme ça puisque c’est écrit comme ça »

·         ou bêtement idéologique i.e. en projetant ces propres idées sur le texte quoique puisse ou non dire le texte.

Autrement dit, on peut légitimement lire les textes bibliques de différentes manières tant qu’on ne le fait pas bêtement.

Je vous propose d’abord de voir ce que cet épisode signifie puis dans un 2nd temps d’en examiner la factualité.

Dans le judaïsme, la mer est avant tout un lieu de mort.

D’ailleurs l’épisode d’aujourd’hui commende par une tempête et donc un risque de chavirage mortel

La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues,

 

La mer est le domaine des forces inhumaines et incontrôlables, le territoire de bêtes sauvages, étranges et gigantesques capables d’engloutir les humains (histoire de Jonas) ; c’est le domaine du Léviathan ; la mer, c’est la mort dans son aspect le plus inexorable : celle qui ne rend pas les corps…

 

Sauf à la fin des temps, preuve de la victoire totale du Christ sur la mort elle-même.

Ap20  [13] Et la mer rendit les morts qu'elle gardait

Et alors enfin, il n’y aura plus de mer. Ap 21,1

 

Dans une telle théogonie, la marche de Jésus sur la mer manifeste sa puissance même sur la mort. Il est la vie ! le Vivant i.e. Dieu.

Jésus est ici plus fort que Moïse qui « évite » les eaux en séparant la mer en 2.

L’un évite la mort quant l’autre la piétine.   

Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.

Que c’est-il réellement passé ?

On peut penser que l’évènement historique n’est eu lieu en réalité qu’après la mort de Jésus et aurait été déplacé littérairement avant sa mort pour en renforcer la portée prophétique.

Ce n’est évidemment pas ici une affirmation catégorique de part mais on trouve dans le texte plusieurs indices allant dans ce sens.

 

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.

La nuit étant volontiers associée à la mort de Jésus ressuscitant aux premières lueurs du jour. Mt 28, 1

 

En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. »

Or on ne parle de fantôme que s’agissant d’un mort.

 

Ainsi, la profession de foi divine des apôtres à la fin du péricope

« Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

Est-elle l’équivalent théologique de la profession de foi post-pascale de Thomas en Jn 28.28

"Mon Seigneur et mon Dieu !"

Lors du baptême, la liturgie ne s’arrête pas à la seule symbolique de l’eau comme source de vie mais plonge l’impétrant 3 fois dans cette eau pour rappeler Jésus passant 3 jours plongé dans la mort avant que d’en sourdre victorieux.

Notre rapport aux Ecritures est de l’ordre de la rencontre d’Elie avec Dieu :

Dieu n’était pas dans l’ouragan ; il n’est pas dans la matérialité du livre. Nous ne sommes pas une religion, du Livre mais une religion avec un Livre ou plutôt avec des Livres car la Bible est un pluriel.

Dieu n’était pas dans le tremblement de terre ; il n’est pas dans le mot à mot ou la qualité littéraire du récit. Texte parfois confus et maladroit, ayant subit les affres du temps et des mauvaises copies etc.

Dieu n’était pas dans le feu. La puissance des histoires et miracles décrits ou la force des exaltations religieuses racontées n’est pas en soi une preuve d’inspiration divine.  

Elie a reconnu la présence de Dieu dans « le murmure d’une brise légère ».  Au-delà de l’inspiration initiale des auteurs ; au delà même de l’inspiration des communautés priantes ayant vénérées et transmis les textes ; l’important est peut-être que la Parole de Dieu m’inspire encore aujourd’hui de son souffle insaisissable.

Gn 1, 1-2 Au commencement [.] le souffle de Dieu planait à la surface des eaux